Cette année, je vais écrire davantage.
Je vais aller nager.
Je vais arrêter de fumer.
Je sais, on n’est pas le 1er janvier mais on a le droit d’avoir des résolutions quand on veut non ? Donc je reprends : Trois bonnes résolutions. Trois nouveaux comportements que nous aimerions ajouter à notre vie quotidienne.
Mais notre vie, elle, reste souvent rythmée autour de la même personne : celle qui n’écrit pas régulièrement, qui trouve toujours une bonne raison de ne pas aller à la piscine ou qui se considère encore comme un fumeur essayant d’arrêter.
C’est peut-être là que le problème commence.
- « Je vais écrire davantage » décrit une action que vous espérez accomplir.
- « Je suis quelqu’un qui écrit » commence à raconter une autre histoire sur vous-même.
La différence paraît minuscule : quelques mots à peine. Pourtant, ces deux formulations ne placent pas le même enjeu sur nos épaules.
Dans la première, il s’agit de faire quelque chose.
Dans la seconde, ce que nous faisons devient une preuve de la personne que nous pensons être, ou de celle que nous voulons devenir.
« Voter » ou « être un électeur »
En 2011, les psychologues Christopher Bryan, Gregory Walton, Todd Rogers et Carol Dweck (oui la Carol Dweck connue pour Growth Mindset) ont testé cette idée à propos du vote.
À certains participants, ils ont posé des questions sur l’importance de voter lors de la prochaine élection.
À d’autres, ils ont parlé de l’importance d’être un électeur.
La différence semble ridicule me direz-vous ?
Dans un cas, le vote est présenté comme une action ponctuelle : allez-vous voter ou non ?
Dans l’autre, il devient l’expression d’une identité : êtes-vous le genre de personne qui participe à une élection ?
Au cours de deux premières expériences, les personnes exposées à la formulation identitaire ont davantage voté, selon les registres électoraux officiels.
Le résultat était spectaculaire.
Peut-être trop.
Quelques années plus tard, des expériences menées auprès de plusieurs milliers d’électeurs n’ont pas retrouvé cet effet. Il ne suffit donc pas de remplacer un verbe par un nom pour modifier mécaniquement un comportement.
« Soyez un électeur » n’est pas une formule magique.
Mais l’idée mérite tout de même que l’on s’y attarde : une action prend-elle davantage de poids lorsqu’elle commence à dire quelque chose de la personne que nous sommes ?
Pour répondre, les chercheurs ont observé des comportements plus simples que la participation à une élection.
Nous voulons rester cohérents avec l’idée que nous avons de nous-mêmes
Dans une série d’expériences, 149 enfants âgés de trois à six ans ont été invités soit à aider, soit à être quelqu’un qui aide (helper).
Là encore, quelques mots seulement séparaient les deux consignes.
Les enfants auxquels on avait proposé l’identité valorisante de « personne qui aide » se sont ensuite montrés plus serviables dans plusieurs petites situations organisées par les chercheurs.
Aider n’était plus seulement une action à accomplir.
C’était une façon de confirmer qu’ils étaient bien le genre de personne que les adultes venaient de décrire.
Le mécanisme apparaît encore plus clairement lorsqu’on le retourne.
Dans une autre série d’expériences, Christopher Bryan, Gabrielle Adams et Benoît Monin ont confié à des adultes une tâche dans laquelle ils pouvaient gagner de l’argent en déclarant eux-mêmes le résultat d’un tirage aléatoire effectué en privé.
Les chercheurs ne pouvaient pas vérifier chaque résultat. Il était donc très facile de mentir pour empocher la récompense.
Avant la tâche, certains participants avaient simplement reçu la consigne :
- « S’il vous plaît, ne trichez pas. »
Les autres avaient lu :
- « S’il vous plaît, ne soyez pas un tricheur. »
Dans le premier cas, la consigne portait sur un comportement.
Dans le second, elle associait ce comportement à une identité que très peu de gens souhaitent revendiquer.
Les participants auxquels on avait demandé de ne pas être des tricheurs ont fait moins de déclarations suspectes.
Pourquoi ?
Parce qu’il est relativement facile de se raconter que l’on a triché une seule fois, pour une somme dérisoire, dans des circonstances particulières (laissez moi vous expliquer monsieur l’agent, si j’ai pris la bande d’arrêt d’urgence c’est parce que j’ai un rendez-vous vraiment, non mais vraiment important, en plus c’est la première fois !)
Il est plus inconfortable d’envisager que cet acte puisse dire quelque chose de la personne que l’on est.
Nous ne cherchons donc pas seulement à bien agir. Nous cherchons aussi à préserver une histoire cohérente et suffisamment flatteuse sur nous-mêmes.
Et c’est ici que nous retrouvons nos bonnes résolutions.
Une action à décider ou une personne à devenir
Aller nager demande de reprendre une décision chaque semaine.
Est-ce que j’y vais aujourd’hui ?
Est-ce que je ne suis pas trop fatigué ?
Est-ce que je ne pourrais pas commencer lundi ?
Mais si vous commencez à vous considérer comme quelqu’un qui nage régulièrement, aller à la piscine n’est plus tout à fait une activité exceptionnelle qu’il faut négocier avec soi-même à chaque fois.
C’est simplement ce que font les personnes comme vous.
Même chose avec l’écriture.
« Il faudrait que j’écrive aujourd’hui » laisse toute la place à la discussion intérieure.
« Je suis un auteur de newsletter » crée une attente différente : écrire devient un comportement cohérent avec la personne que vous êtes en train de devenir.
Évidemment, il ne suffit pas de se placer devant un miroir et de répéter : « Je suis écrivain », « Je suis nageur » ou « Je suis non-fumeur ».
L’identité doit être crédible.
Et elle se construit dans les deux sens.
Chaque fois que vous écrivez, que vous allez nager ou que vous refusez une cigarette, vous apportez une petite preuve à l’histoire que vous commencez à raconter sur vous-même.
Le comportement nourrit l’identité.
Puis l’identité rend le comportement suivant un peu plus actionnable.
Alors, faut-il transformer toutes nos bonnes résolutions en déclarations identitaires ?
Probablement pas de manière artificielle.
Se proclamer écrivain ne fera pas apparaître un livre. Dire que l’on est sportif ne conduira pas automatiquement à la piscine demain matin.
Mais plutôt que de vous demander uniquement ce que vous voulez faire, vous pouvez peut-être vous demander :
Quel genre de personne ferait naturellement ce que j’essaie de faire ?
Puis accomplir aujourd’hui un geste, même modeste, qui rend cette identité un peu plus vraie.
Un verbe décrit ce que vous faites.
Un nom commence à raconter la personne que vous êtes en train de devenir.
Vos bonnes résolutions tiennent peut-être moins à la force avec laquelle vous vous promettez de changer qu’à la capacité de chaque petit geste à vous convaincre, progressivement, que ce changement vous ressemble déjà.
Philippe Roy
Fondateur de Red Yucca
Sous Influence vous aide à améliorer vos relations — professionnelles, personnelles, familiales — en décortiquant les comportements et les mécanismes d’influence à l’œuvre dans nos échanges : ceux qu’on subit, ceux qu’on se fabrique, ceux qu’on devrait parfois exercer.
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Pour aller plus loin sur la négociation et les rapports de force en entreprise : L’Envers du Deal.




Approche instructive ! Merci !
C’est intéressant de voir que les mots que l’on exprime peuvent modifier notre comportement.